Cinéma et homosexualité en France: entre la "folle" et le gay souffrant - PARIS (AFP) - Le cinéma français a souvent véhiculé deux images stéréotypées de l'homosexuel, celle du travesti excentrique de "La Cage aux folles" ou d'un gay souffrant au destin tragique, et ne s'est émancipé que récemment des clichés, relève un livre pionnier sur le sujet. Paru aux éditions Nouveau monde, "L'homosexualité dans le cinéma français" d'Alain Brassart, enseignant à l'université de Lille III, sonde les représentations des homosexuel(le)s dans les films. Ce livre, qui scrute l'imaginaire collectif et dessine les traits d'une "esthétique gay", montre que le cinéma français ne s'est émancipé que récemment de ces clichés. Peu présents jusqu'aux années 1950, des personnages très androgynes et/ou homosexuels sont au second plan des films de Marcel Carné, dont l'homosexualité est longtemps restée confidentielle. Certains personnages des "Enfants du paradis" (1945) ou "Hôtel du Nord" (1938) "sont très maniérés ou assoiffés de propreté, l'un travaille dans la confiserie! Mais cela reste discret, par peur de la censure et d'après Carné, les producteurs ne s'en sont pas rendu compte", dit à l'AFP Alain Brassart.
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Cinéma et homosexualité en France: entre la "folle" et le gay souffrant

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PARIS (AFP) - Le cinéma français a souvent véhiculé deux images stéréotypées de l'homosexuel, celle du travesti excentrique de "La Cage aux folles" ou d'un gay souffrant au destin tragique, et ne s'est émancipé que récemment des clichés, relève un livre pionnier sur le sujet.

Paru aux éditions Nouveau monde, "L'homosexualité dans le cinéma français" d'Alain Brassart, enseignant à l'université de Lille III, sonde les représentations des homosexuel(le)s dans les films.

Ce livre, qui scrute l'imaginaire collectif et dessine les traits d'une
Cinéma et homosexualité en France: entre la "folle" et le gay souffrant
Les acteurs Romain Torres (g) et Jean-Marc Barr lors du tournage du film "Crustacés et coquillages" d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau, sorti en mars 2005
"esthétique gay", montre que le cinéma français ne s'est émancipé que récemment de ces clichés.

Peu présents jusqu'aux années 1950, des personnages très androgynes et/ou homosexuels sont au second plan des films de Marcel Carné, dont l'homosexualité est longtemps restée confidentielle.

Certains personnages des "Enfants du paradis" (1945) ou "Hôtel du Nord" (1938) "sont très maniérés ou assoiffés de propreté, l'un travaille dans la confiserie! Mais cela reste discret, par peur de la censure et d'après Carné, les producteurs ne s'en sont pas rendu compte", dit à l'AFP Alain Brassart.

Les films de Jean Cocteau, qui confessa son homosexualité dans "Le livre blanc" et eut une relation avec son acteur fétiche Jean Marais, explorent les fantasmes et la transgression.

Pour Alain Brassart, le goût pour le fantastique qui marque "La Belle et la bête" (1946) est "très certainement lié" à un "désir de dissimuler son propos, à une époque où l'homosexuel est victime d'une stigmatisation médicale qui tend à le convaincre de sa monstruosité".

Plus visibles après mai 68, les représentations de l'homosexualité restent timides, et les personnages gays sont "souvent malfaisants ou inquiétants dans les films de cinéastes hétérosexuels" à l'instar du tueur fasciste de "Z" de Costa-Gavras, juge l'auteur.

En 1978, "La cage aux folles" d'Edouard Molinaro, adapté d'une pièce de théâtre de Jean Poiret, fixe le premier stéréotype: celui de la "folle", le travesti des comédies grand public, dont la caricature choquera bien des gays.

Pour Alain Brassart, l'autre cliché, celui de "l'homo souffrant", nourri de "l'univers de l'écrivain Jean Genet, où la noirceur prime, perturbante pour un public hétérosexuel", apparaît avec "L'homme blessé" (1983) de Patrice Chéreau, où un adolescent se prend de passion pour un homme qui le pousse à la violence.

Ces personnages d'homosexuels torturés apparaissent aussi chez André Téchiné, notamment dans son film autobiographique "Les roseaux sauvages" (1994), mais avec ses "personnages masculins ambigus", le cinéaste "a le mérite de redéfinir les catégories" sexuelles.



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